Friday, June 10, 2011

Focus On : Guardiola, "De Santpedor a la final de Roma"

 Pep Guardiola n'a toujours pas repondu à la question , mais, depuis samedi et la victoire des Catalans (3-1), tout le monde l'a déjà fait à sa place. Alex Ferguson, soixante-neuf ans et manager de Manchester United depuis bientôt un quart de siècle, porte ce jugement définitif: « Barcelone est la meilleure équipe du monde aujourd'hui, il n'y a aucune discussion là-dessus. Mais c'est aussi la plus forte que j'aie jamais vue et affrontée durant toute ma carrière. » En valeur collective, en maîtrise technique, en potentiel offensif, en qualité de mouvement et en intelligence de jeu, on ne voit pas mieux non plus. Pas même le Real de Di Stefano à la fin des années 50, qui domina pourtant la Coupe des champions comme personne depuis, ou l'Ajax de Cruyff à l'aube des années 70, qui révolutionna à jamais l'époque et les mentalités. Guardiola laisse donc les comparaisons aux autres, il ne juge que ses propres matches et, pour l'heure, il n'a toujours qu'une obsession en tête; creuser chaque jour un peu plus la philosophie de jeu du Barça, continuer de la rendre plus efficace encore, et plus harmonieuse, mais aussi préserver à tout prix cette identité et cette mentalité profondément collectives. 

 La veille de la finale, l'entraîneur barcelonais avait eu ce mot: «Quel que soit le nombre de trophées que nous puissions gagner à présent, nous ne pourrons jamais lutter avec la dream team de Cruyff au début des années 90. Depuis, Van Gaal, Rijkaard et moi avons chacun ajouté des ingrédients, mais rien ne serait jamais arrivé sans cette équipe d'exception et cette génération de pionniers. » Une génération dont il fit partie comme joueur et dont il cultive aujourd'hui l'héritage. Lorsque le Barcelone actuel accomplit son chef-d'œuvre absolu contre le Real (5-0), le 29 novembre, Guardiola confesse simplement: «Ce n'est pas facile déjouer aussi bien que nous l'avons fait contre une équipe aussi forte. » Même si Xavi, son stratège, avoue ce soir-là de son côté: « Je n'avais jamais ressenti un tel sentiment de supériorité sur un terrain. » Et lorsqu'il remporte, samedi, sa deuxième Ligue des champions en trois ans, il s'attache d'abord à souligner : « Notre match a été extraordinaire, mais surtout beaucoup plus complet qu'il y a deux ans à Rome (NDLR : victoire 2-0 sur MU), où le score avait parfois cache quelques lacunes.

Nous sommes créé aussi beaucoup plus d'occasions. La manière dont nous avons gagné n'en est donc que plus belle. » Une émotion, une intensité, une magie, par moments, une domination et une qualité de spectacle que les plus belles stats du monde (68 % de possession de balle, 22 tirs à 4,12 tirs cadrés à 1, ou bien encore 777 passes à 357, dont 90% réussies, 31 ballons à 7 joués dans la surface...) ne sauraient donc restituer. Avec Guardiola, le Barça vient de remporter dix trophées en trois saisons, d'accumuler les victoires (131 en 183 matches, toutes compétitions confondues) et d'empiler les buts (2,44 par match). Il a surtout atteint un niveau de jeu exceptionnel et traversé des périodes de grâce, cette saison, comme on en connaît rarement dans une vie de footballeur. À l'automne 2010, par exemple. Raynald Denoueix, ancien entraîneur de Nantes et consultant à Canal+, qui suit tous les matches du Barça, nous confiait ainsi
récemment: « Jouer comme ils l'ont fait pendant trois mois en octobre, novembre, décembre derniers, en étant tous aussi bien en même temps et surtout à un tel niveau c'est rarissime...» Il nous disait également: « Maintenant, ils savent très bien aussi, au club, qu'ils sont tombés sur une génération d'exception, des types capables de faire des trucs pas possibles, et surtout dans l'idée du jeu qu'ils recherchent en permanence. »

Ce que Guardiola, conscient qu'il a créé un monstre, a reconnu au soir de la victoire sur MU : «J'ai la chance d'entraîner des types exceptionnels et je suis fier de cette équipe. » Une certitude, toutefois? La qualité de mouvement du Barça, la précision de ses décalages, la géométrie que dessinent les déplacements, la justesse et la vitesse de jeu qu'offrent ses passes dans les intervalles, la férocité de son pressing pour récupérer haut et se créer aussitôt des espaces ou la complicité irremplaçable que ses prises d'information ont réussi à tisser ressemblent à de l'art.
« Made in » La Masia. Comme toutes les grandes équipes du passé, le Real ou l'Ajax déjà évoqués, le Milan d'Arrigo Sacchi ou d'autres encore, dans d'autres registres, comme le Bayern de Beckenbauer, le Benfica d'Eusebio, Tinter d'Herrera ou le Liverpool de Paisley, la force des Catalans repose d'abord sur un noyau dur de talents hors norme dans le cœur du jeu, là où se gagnent les matches et s'écrit l'histoire. En clair sur la complémentarité et la relation technique quasi innée entre trois hommes, tous sortis de la Masia, le centre de formation maison, et nourris aux mêmes fondamentaux : Xavi, Iniesta et Messi. Ce qui lui confère sa supériorité sur tous les autres relève ensuite de l'équilibre collectif (même si le Barça donne par moments l'impression justement d'être au bord du déséquilibre), de la maîtrise, de l'utilisation constante de la largeur et de la profondeur, de la rapidité de prise de décision, de la qualité technique à tous les postes et, toujours, de cette idée de jeu à laquelle il se raccroche en permanence. 

 Ponctuellement, il peut arriver que Barcelone perde un match et que ses adversaires trouvent la parade. En réussissant à couper la relation entre le milieu Xavi-Busquets-Iniesta et le reste de l'équipe, à presser ses défenseurs à la relance et à exploiter les espaces dans son dos. Ou bien en défendant bas, avec des lignes très resserrées, en imposant une logique de duels et de combat, en réduisant au minimum les espaces et les intervalles, et en se projetant très vite vers l'avant, comme avait su le faire le Chelsea de Guus Hiddink en demi-finales de la Ligue des champions 2009, Tinter Milan de José Mourinho, vainqueur en 2010, ou, récemment encore, le Real du même Mourinho en finale de la Coupe d'Espagne. Mais, sur une saison, ce Barça-là n'a pas de rival, son jeu reste inimitable, son efficacité est prodigieuse, sa mentalité esfun vrai bonheur et tout le monde est aujourd'hui sous son charme. «J'espère seulement, avoue Guardiola, que les gens s'en souviendront encore dans cinq, dix ou quinze ans et qu'ils diront: "Un jour, j'ai vu jouer cette équipe..." Une grande équipe, c'est comme un grand film, il n'y a que le temps qui passe qui peut dire s'il était bon... » Pour l'instant, rien ne laisse présager sa mort, ni même encore son déclin.


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