Wednesday, April 20, 2011

Focus On : Elkjaer Larsen "Tillykke 50ar"

 Ce jour-là, Hennes Weisweiller, l'entraîneur de Cologne, portait le masque chagrin de l'homme en proie à une grosse contrariété. Il aboyait ses consignes sur un ton encore plus cassant qu'à l'habitude. L'entraînement terminé, alors que les joueurs regagnaient le vestiaire pour une douche réparatrice, ses cheveux blancs apparurent dans l'encadrement de la porte des douches. « Preben, dans mon bureau!» Elkjaer Larsen, blondinet gringalet d'une vingtaine d'années, posa sa serviette en souriant et s'exécuta. Weisweiller ferma la porte et invita le joueur à s'asseoir. « Hier, tu as été en discothèque, commença le patron du F.C. Köln. On t'a vu partir avec deux jeunes femmes après avoir descendu une bouteille de whisky. Est-ce ainsi que tu espères devenir un grand joueur professionnel ? » Elkjaer fit mine de protester : « Mais, c'est faux... » Weisweiller le coupa d'un geste : « Ne me dis pas que c'est faux. Je suis sûr de mes informations, » Alors, superbe de décontraction et retrouvant son éternel sourire, Elkjaer rétorqua : « C'est absolument faux, Herr Weisweiller. Ce n'était pas du whisky, mais de la vodka ! »

Attablé dans un petit restaurant de Bardolino, sur le magnifique lac de Garde où il réside à vingt minutes de Vérone, Elkjaer s'esclaffe encore en racontant cette anecdote. On dit de lui qu'il n'est pas un modèle de sérieux ni de discipline ? Il corrige : « On voudrait que les joueurs, sous le prétexte de discipline, oublient de vivre. Cela ne m'intéresse pas. Au contraire. A trop vouloir être sérieux, on finit par s'ennuyer. A trop vouloir penser au football, on finit par être stressé. On ne s'amuse plus, ni dans la vie, ni sur le terrain. Moi, je suis décontracté, je profite de la vie, sans peur, sans crainte. Cela se traduit aussi par mon comportement sur le terrain. Où je crois exprimer dans mon jeu la même joie qui m'anime hors des terrains. Cela me donne confiance en moi. Pour prendre des risques. Essayer des choses difficiles que d'autres hésiteraient à tenter. » II est comme ça, Preben Elkjaer Larsen. Toujours la plaisanterie à la bouche. Toujours à l'affût de la blague, du tour à jouer au copain. Il est comme ça aussi sur le terrain, où on le voit parfois s'engager dans des «aventures» incroyables avec la certitude qu'il va réussir, ce qui l'amène inévitablement à surprendre. Souvenez-vous de son championnat d'Europe, qui l'a révélé. Ses accélérations, ses courses folles, ses percées solitaires qui étonnaient tout le monde. Rappelez-vous, aussi, ce but fantastique qu'il inscrivit en championnat d'Italie... sans chaussure ! Assurément, l'homme a quelque chose qui détone dans ce milieu du football où la fantaisie n'est pas souvent à l'honneur. Et s'il se défend d'être un « marginal », il souscrit en revanche entièrement à son étiquette de bon vivant. Et revendique le droit à une vie normale. « D'autant que cela n'a jamais nuit à mes performances. »

A 17 ans, il quitte sa famille pour s'installer à Cologne. « Pendant six mois, j'ai passé mon temps à m'entraîner pour acquérir un physique. Puis, j'ai joué en équipe première toute la seconde partie de la saison. Je n'ai inscrit qu'un seul but, mais j'ai eu beaucoup de plaisir à évoluer dans la grande équipe qu'était alors le F.C. Koln. » La saison suivante ne sera pas aussi réjouissante. D'abord opéré du ménisque. Elkjaer a du mal, ensuite à se plier à l'autoritarisme de Weisweiller. Il n'a pas encore compris qu'entre la vie de moine que lui propose son coach et ses sorties nocturnes peu favorables à un travail efficace le lendemain à l'entraînement, il peut exister une manière de concilier les plaisirs de la vie et les gammes nécessaires pour prétendre ensuite être un footballeur de haut niveau. Pour couronner le tout, un problème à l'épaule l'écarté de nouveau des terrains. C'en est trop pour Cologne, qui brigue la conquête de la Bundesliga et de l'Europe. Weisweiller engage Okudera et prie Elkjaer d'aller sourire sous d'autres cieux.
Le hasard, comme toujours, va s'en mêler. Sélectionné avec les Danois de moins de 21 ans, Elkjaer se produit en lever de rideau d'un Danemark-Pologne A. Dans les rangs polonais, un certain Lubanski a rallié Copenhague en compagnie du président de son club, Lokeren, le regretté Etienne Rugiers. Séduit par la démonstration de Preben, auteur de trois buts, Rugiers l'engage aussitôt. Personnage riche et sans enfant. Rugiers va se prendre d'affection pour son Danois. Il sera plus compré-hensif que Weisweiller pour supporter ses frasques, d'ailleurs moins fréquentes. Moins fréquentes, puis rangées pratiquement au rayon des souvenirs quand Preben rencontre Nicole, qui deviendra son épouse et son ange-gardien. Elkjaer restera six ans et demi à Lokeren. Il y inscrira environ cent cinquante buts, en près de deux cents matches. Régulier dans l'effort, il ne l'est pas toujours dans la réussite. Mais certain de ses coups d'éclat restent gravés dans les mémoires de ses supporters belges. Comme ce jour où Lokeren, mené en coupe 0-3 face au Standard, égalise grâce à trois buts d'Elkjaer avant de s'imposer 5-3.

Peu à peu, Elkjaer se bâtit une réputation. D'autant qu'en juin 1977, il a débuté en équipe nationale face à la Finlande, inscrivant les deux buts de la victoire (2-1 ) et qu'il va continuer de la fréquenter assez régulièrement (trente-cinq sélections aujourd'hui, plus de vingt-cinq buts). Logiquement, les propositions commencent à arriver sur le bureau du président Rugiers. Mais celui-ci, systématiquement, refuse de céder « son » Preben. Elkjaer est heureux, dans sa belle propriété de Lokeren, avec ses trois chevaux. Il a acheté le dernier pour fêter la victoire historique du Danemark à Wembley face à l'Angleterre, succès qui le qualifie pour l'Euro 84. Il y est heureux au point de ne pas trop regretter que le président Rugiers ait refusé une proposition de la Fiorentina. Lors de l'Euro 84, Elkjaer « casse la baraque ». Tottenham, Atalanta, Barcelone, le téléphone n'arrête pas de sonner dans les hôtels que fréquente la délégation danoise en France. Quand il cède aux propositions de Vérone, Elkjaer n'a plus de regrets : le président Rugiers a quitté ce monde. Il décide donc de tenter sa chance en Italie, à Verone, qui lui offre un pont d'or. « Cela ne fut pas une décision facile, explique-t-il. Négocier en pleine compétition, ce n'est pas l'idéal. Mais finalement, ça m'a motivé ! »


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