Saturday, August 6, 2011

Focus On : Sparkly The Mark Hughes Story

  Alex Hughes, quatre ans, est un petit garçon bien élevé, qui ne met pas ses doigts dans le nez et qui dit bonjour aux invités. Son frère Curtis, dix-huit mois, tape dans un ballon de loot, marqué à l'effigie de Manchester United, sous l'oeil attendri de maman Jill et de papa Mark. Dehors il pleut, puisque nous sommes en Angleterre. Charmante villa qu'embrasse une ample et verdoyante campagne. Famille unie, calme et sérénité. Belle image, n'est-il pas? «Je sais qu'en France je n'ai pas une très bonne réputation alors que, vous pouvez le voir, je suis un sweet guy». Un type exquis, Mark Hughes. Demandez donc à Pascal Baills et à Jean-Manuel Thétis, tous deux expulsés en quart de finale de Coupe des Coupes 1992, l'un à Old Trafford, l'autre à la Mosson. Parce que leur chemin a croisé celui du Gallois. Pas de pot. « L'un me bouscule, l'autre me crache dessus. L'arbitre les sort, c'est logique. Je n'ai pas fait ça intentionnellement, ça fait partie du jeu. Mon' style agace les défenseurs. Ils se prennent trop la tète à me surveiller et ils oublient souvent de se concentrer sur leur propre jeu ». Il se marre, Mark. Volontiers chambreur. Ces deux Frenchies, il les a bien pris pour des jambons. Mark Hughes, roi de la provoc, et de l'intimidation, fourbe patenté. Gallois pur fruit, saoûlard repenti, chevalier sans peur et pas toujours sans reproches. Mais garçon attachant et attaquant d'exception, au passé coloré et à l'histoire tourmentée.

Wrexham et ses murs gris, d'où suinte la pluie et la sueur d'un peuple fier et travailleur. C'est là que naît Mark, dans un coin du Pays de Galles qui préfère le foot au rugby, «parce qu'on est tout près de Liverpool ou de Manchester », Son père, gardien de but occasionnel, installe des câbles, sa mère est couturière chez Laura Ashley. Les Hughes ne roulent pas sur l'or. Le petit Mark est un élève studieux, qui chante dans la chorale de l'école et joue du violon. «J'ai arrêté le jour où je me suis rendu compte que dans le bus, avec mon petit étui, je passais vraiment pour un crétin». Et puis, il joue aussi au ballon. « C'était vraiment un entant délicieux, se souvient son premier entraîneur. Mais dès qu'on le mettait sur un terrain de foot, il se métamorphosait. Un truc du genre Docteur Jekyll et Mister Hyde.» Tendre voyou, déjà. Sur le pitch, il veut tout taire. Pas de place pour les mous et autres rachitiques de l'effort: lui, il déménage. Et en plus, il se révèle un formidable attaquant, hyper-puissant et un buteur redoutable. Son destin est tracé : à seize ans, il est Apprenti à Manchester United. « Un rêve. Je cirais les pompes des pros, des montagnes de pompes. Mais j'étais à United, l'un des plus grands clubs du monde. Sa chance arrive vite : en 82, il dispute la finale de la Cup (modèle Juniors). Un an plus tard, il entre chez les grands. Un match de la « Milk Cup» (Coupe de la Ligue), un autre de Coupe des Coupes puis, en mars 84, les débuts en championnat, contre Leicester City et son premier but. C'est parti. Le printemps suivant, il remporte la Cup, la vraie. A Wembley. On commence à s'intéresser de près à son cas, sa gloire naissante franchit le Channel. Le FC Barcelone est le premier sur le coup. Le contrat est signé en janvier 86 (pour huit ans !), dans le plus grand secret. Mark n'a qu'une consigne : motus. «C'était l'enfer. J'ai dû mentir, à la presse, aux supporters. Je savais que j'allais partir et je continuais à nier. Je commençais à regretter. Tous les jours, je rêvais en douce que le Barça revienne sur sa décision. Sur le terrain, je n'y arrivais plus. J'étais devenu nul. Et mon chagrin, j'allais le noyer tous les soirs au pub du coin.»

Hughes se shoote à la Lager, pinte sur pinte. Comme au bon vieux temps des premières années à Manchester, lorsque ses week-ends mouvementés le ramenaient à Wrexham pour des soirées entre amis bien arrosées. Total : il rentrait souvent bourré et le lundi matin à l'entrainement, il n'était pas très frais. «Les six derniers mois avant mon transfert en Espagne, c'était le même cauchemar : pas une nuit sans que je ne descende en ville à la recherche d'un bar. » Il faut pourtant partir. A Barcelone, seul, il craque. Coup de blues. Dans son livre autobiographique («Sparky» «L'Homme-étincelle», son surnom), il raconte: «Un jour, un ami gallois est venu me voir. Naturellement, on est allé écluser quelques San Miguel ( une marque de bière espagnole). Le lendemain matin : gueule de bois. J'ai appelé le club et j'ai séché l'entraînement, prétextant un coup de froid. Deux jours plus tard, la presse ne m'a pas loupé.A la une d'un journal on pouvait lire : "Mark Hughes rate l'entraînement. Il attrape froid dans une boite de nuit". C'était l'épitaphe de ma vie de Ultime footballer and part-time boozer. » (« foot-balleur à plein temps et ivrogne à temps partiel.») Sur le plan du jeu, l'idylle ne dure pas longtemps. Dans un Barça entraîné par Venables et emmené par Lineker, Hughes se noie. « Les arbitres m'avaient à l'oeil. On me trouvait trop agressif. J'ai dû changer mon style. Et quand tu changes de style, que tu perds ta propre personnalité sur un terrain, tu es cuit. 

 Ce n'est pas le vrai Mark Hughes qui a joué à Barcelone. En plus, je ne marquais pas et ça, on ne me l'a pas pardonné. » Direction le banc. El la galère. A la lin de la saison, il est prêté au Bayern de Munich. Il revit. Uli Hoeness, le manager, est aux petits soins. Exemple : il met un avion privé à la disposition de Mark, qui lui permet de disputer un match international à Prague l'après-midi et d'être sur le banc des remplaçants du Bayern le soir même à Munich. «J'ai rejoué, j'ai retrouvé mes sensations, mon propre style. Je n'avais plus à contrôler mon agressivité, qui reste un élément naturel et fondamental de mon jeu. Je serais bien resté au Bayern mais United et son manager, Alex Ferguson, me voulaient. Et ça, je ne pouvais pas le refuser. J'avais dit, lorsque je suis parti, que si un jour je devais revenir en Angleterre, ce serait à United et dans aucun autre club. » Back to Manchester. Et un trait sur sa double expérience continentale. « Je n'ai aucun regret. J'ai mûri et j'ai plus d'expérience. Je suis devenu encore plus malin aussi. Et puis il ne faut pas se leurrer : j'étais parti pour le fric. Des joueurs racontent qu'ils partent pour connaître une nouvelle expérience, une autre culture et tout ça. C'est n'importe quoi. On part pour l'argent.. Eté 88. Mark Hughes retrouve Old Trafford et son public à nul autre pareil. Quatre ans de contrat. Et une véritable résurrection. En 89, il est élu «joueur de l'année». 

 L'année suivante, il remporte sa deuxième Cup. MU retrouve l'Europe, à sa façon : en remportant la Coupe des Coupes. Et Hughes retrouve le Barça, à sa façon : en marquant les deux buts de la victoire en finale. Pas de « revanche ». Juste un joli pied de nez. «Je voulais leur montrer ce que j'étais réellement capable de faire. » Pour les Anglais, c'est un retour gagnant. Même si, malgré un but de Mark au match retour, MU a prématurément perdu son trophée, cette année là face à l'Atletico de Madrid «Les Britanniques détestent perdre. Ils rentrent toujours sur le terrain avec un esprit de conquête. Ils savent se faire mal. S'il faut tackler, ils tackleront plus fort. S'il faut sauter, ils sauteront plus haut.» Tout Mark Hughes résumé en une phrase. Tête haute, peur de rien. « Si, une seule lois dans ma carrière. Un Italie-Pays de Galles de juin 88. Un véritable bain de sang. J'ai bien cru que j'allais y rester. J'avais Bergomi et Ferri sur le dos. Deux monstres. » Non, deux tendres voyous. Juste deux tendres voyous..

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