Thursday, August 4, 2011

Focus On : Roberto Mancini "Soccer Superstars "

La mer est d'huile. En ville, les clameurs d'une fête qui a duré toute la nuit résonnent encore. Mancini s'est retiré sur les hauteurs boisées, dans sa jolie villa, écrin de son existence tranquille. En compagnie d'un journaliste de «La Gazzetta dello Sport», il feuillette l'album de sa vie, fouille tout au fond de ses souvenirs pour retracer les sentiers qui l'ont mené à la gloire. Novembre 1964. A Jesi, non loin des paisibles rivages de l'Adriatique, Aldo e! Anna Mancini se penchent sur le berceau. C'est un beau bébé d'un peu plus de cinq kilos. Un garçon. Il s'appellera Roberto. Aldo est menuisier, fan de loot et de la Juve. Onze ans plus tôt, il a raclé le fond de ses poches et s'est offert un voyage au Stade Olympique de Rome, pour voir jouer la grande Hongrie de Puskas. Maintenant, il est dirigeant à l'Aurora, un petit club de Jesi. « Robi » grandit dans la chaleur d'une famille unie. Un enfant comme des dizaines d'autres, qui tombe amoureux de sa maîtresse d'école, se fracasse le visage sur un mur après une mémorable escapade en vélo et joue au football le soir, sur le terrain râpé de l'église Saint-Sébastien. Son premier ballon, il l'a gagné dans un concours organisé par une marque de fromages. Ses premiers matches, il les voit au stade Dall'Ara de Bologne, où papa Aldo le conduit souvent. Surtout quand il y a la Juve et Bettega, le joueur préféré du petit Roberto. L'été, sur les plages de Senigallia, il passe ses journées à taper dans son ballon. Une passion, une obsession. Plus rien d'autre ne compte. Robi a cinq ans lorsque ses parents l'inscrivent à l'Aurora. Il lui faudrait attendre encore un an, mais sa maman triche un peu sur son âge. Un petit mensonge de rien du tout, première pierre d'un château de rêves et d'espoirs.

Roberto Mancini a douze ans, il joue attaquant et il a déjà un formidable talent. Ça commence à se savoir. Le Milan AC dépêche un observateur, aussitôt séduit. H promet de convoquer le prodige à Milanello. Robi attend en vain. La lettre est bien partie, mais à une mauvaise adresse. Deux ans plus tard, c'est Bologne, réputé pour l'excellence de son centre de formation, qui cueille la fleur. Les premiers temps sont durs : Roberto a le blues. Il sèche son premier jour de cours, néglige les entraînements. Papa, maman et le coach lui font la morale. Il comprend. Alors, tout s'enchaîne. Un matin de septembre 1981, Tarcisio Burgnich le retient en équipe première. Robi, trop ému, oublie de prévenir son père, qui se rend au match de la réserve. Averti, il fonce au Dall'Ara, où Bologne reçoit Cagliari pour le compte du championnat de Première division. Roberto Mancini, qui n'a pas encore 17 ans, est sur le banc. Il rentrera à un quart d'heure de la fin. Lancé, il marque neuf buts pour sa première saison parmi l'élite. Son nom apparaît dans les pages des quotidiens, rubrique «mercato» (marché des transferts). Enzo Bearzot, le sélectionneur national, l'inclut dans sa liste des 40 pré-sélectionnés pour le Mundial 82, qui couronnera les «Azzurri». Mais Mancini n'ira pas en Espagne. L'été 82, il le passera finalement à Senigallia. Comme d'habitude, parmi les siens. Mais ça y est : Robi est entré chez les grands. La preuve : la Juve, le club de ses rêves, qui vient juste d'engager Michel Platini, se met sur les rangs pour obtenir Mancini. L'affaire capote à vingt-quatre heures près. La veille de la visite de l'émissaire bianconero, Roberto a donné son accord à la Samp, nouveau promu en Série A. Mais aux débuts fracassants succèdent bientôt les galères : ennuis musculaires, divergences de vues avec l'entraîneur, l'austère Ulivieri, puis avec son successeur, Bersellini. Pour cause de «trop-plein» d'attaquants, Robi fait la navette entre le terrain et le banc. Il cherche ses marques. Naissance d'une polémique longtemps d'actualité : Mancini est-il un véritable attaquant ou plutôt un milieu offensif? 

 Ses perfs, en attendant, attirent à nouveau l'attention de Bearzot, qui l'emmène avec la «Squadra» en tournée-exhibition en Amérique du nord. Au terme d'une sombre affaire , Robi revient aigri et « bordure ». Banni de sélection, privé de Mundial mexicain. Les temps sont durs (en mai 1984,Enzo p Bearzot sélectionne Roberto Mancini pour une tournée-exhibition en Amérique du nord. Robi joue deux mi-temps, contre le Canada et les Etats- Unis, Mais un «incident» va lui coûter très cher. Un soir à New-York, il décide d'aller boire un verre en ville. Du bar, il passe en boite et rentre à l'hôtel à six heures du matin. Bearzot, gui l'a attendu une grande partie de la nuit dans le hall, est hors de lui : « Tant que je serai sélectionneur, tune loueras plus dans cette équipe !» Il tient parole. Robi loupe ainsi le Mundialau Mexique. La nomination d'Azeglio Vicini à la tête de la » Nazionale », en octobre 86, le réhabilite. Deux ans et demi après « l'affaire », Mancinl effectue son retour en sélection, A l'Euro 88, Use distingue dès le match d'ouverture, permettante l'Italie d'obtenir un nul prometteur contre la RFA (son seul but, à ce jour, sous le maillot national). Mais, en balance avec Altobelli, il n'est pas, dans l'esprit de Vicini, un titulaire à part entière. Attaquant ou milieu offensif ? Excentré ou dans l'axe? En Italie, le débat fait couler beaucoup d'encre. Principale victime : Mancini lui-même, qui n'arrive plus très bien à se situer. Pour la plupart des observateurs, Mancini est plus un créateur qu 'un finisseur. Auteur d'une bonne saison 89-90 avecla Samp, les portes d'un Mondiale très attendu s'ouvrent devant lui. Mais Robi ne jouera pas la moindre minute. «Ça m'a tait très mal, d'autant que le pensais vraiment que Viclni me ferait confiance. Quand nous avons dû louer la Tchécoslovaquie et que nous étions déjà pratiquement qualifiés, le me suis dit c 'est bon. Et je me suis retrouvé dehors. Et même le match pour la troisième place. J'aurais tellement aimé jouer, même dix minutes, histoire de dire que mol aussi, l'y étais. Mais non. Cette Coupe du monde a été une terrible désillusion. » Depuis, Mancini a retrouvé la sélection.).

L'automne de 1986 marque un tournant décisif dans sa carrière. Sur le banc de la Samp s'est assis le Yougoslave Vujadin Boskov. Sur celui de l'équipe nationale a pris place Azeglio Vicini. Les deux hommes ont décidé, dans leur équipe respective, d'exploiter les atouts d'un duo d'attaquants qui deviendra fameux : Vialli-Mancini. Voici venue l'époque dorée des Gemellidelgol, les jumeaux du but. Sur le terrain, Gianluca est la puissance et la force, Roberto la finesse et la créativité. Dans la vie, Vialli est un joyeux drille, Mancini est un garçon discret. Totalement différents et totalement complémentaires, ils sont les atouts d'une Sampdoria conquérante et les garants de «l'esprit famille» dicté par le président Mantovani. Un indéfectible attachement qui fait dire aujourd'hui à Robi : «Je suis sampdoriano à vie. Ce club est mon foyer et le sera pour toujours. Je me souviens, c'était dans les vestiaires du stade de Gôteborg, juste avant la finale de la Coupe des Coupes contre Anderlecht. Tous les joueurs, nous avons conclu un pacte : si on gagne, on reste tous ensemble pour décrocher le scudetto. On est tous restés et on a gagné, ca, c'est l'esprit Samp. » Plus qu'un simple capitaine, Roberto Mancini est aujourd'hui un symbole. Celui d'un club qui, en une décennie, a gravi toutes les marches du succès. 

 Trois Coupes d'Italie, une Coupe d'Europe des vainqueurs de Coupe, un titre de champion. Ensemble, la Samp et Mancini ont mûri, se sont construits un palmarès. Match après match, à coups de gueule et de génie. Jusqu'à l'apothéose, jusqu'au scudetto, consécration suprême dans le championnat le plus difficile du monde. Une délicieuse revanche, au lendemain d'un Mondiale de cauchemar que Robi n'a même pas goûté du bout des lèvres. Les joueurs de Lecce sont depuis longtemps sous la douche. Sur la pelouse, étourdi par le chœur émouvant des supporters, Roberto Mancini danse de joie. Plus tard, dans la moiteur des couloirs du stade, il a lâché quelques phrases, anodines mais authentiques: « C'est le couronnement d'années de sacrifice. Je suis heureux. Du point de vue sportif, c'est le plus beau jour de ma vie. » Et puis il est parti, la mèche rebelle et le sourire aux lèvres, vers d'autres conquêtes. Demain, il y a école. Demain, c'est d'autres clubs, d'autres titres, la lazio, puis entraineur à l'Inter puis à Manchester city...

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